Marseille : les rongeurs grignotent du terrain

Source : La Provence, article du Vendredi 25/08/2017 
http://www.laprovence.com/article/societe/4590832/marseille-les-rongeurs-grignotent-du-terrain.html

Du nord au sud de la ville. De l’est à l’ouest. Impossible de ne pas les voir.

Impossible de les rater tant leur présence fait partie du quotidien des Marseillais. Les rats, les rattus norvegicus plus précisément, alimentent quotidiennement les discussions. Et sans doute encore plus cet été avec les « sabotages » de voitures…

Une présence accrue due à quoi ? À des températures estivales plus élevées favorisant leurs diurnes ou nocturnes sorties.

« C’est lié, assure l’expert en la matière, Maurice Pierre, dératiseur de profession. Il y a plusieurs facteurs mais la chaleur joue un rôle. Quand il fait plus chaud, les odeurs des poubelles sont plus fortes et attirent davantage les rongeurs. Il ne faut pas oublier que le rat a une puissance olfactive cent fois supérieure à celle d’un chat. »

Plus visible cet été dans les rues de Marseille, il a ainsi rempli l’agenda du responsable de la société A3DS installée dans le quartier de Saint-Loup (11e).

« Si je comptabilise bien, j’ai eu 20 % d’activité supplémentaire », chiffre celui qui utilise le procédé de la boîte Ekomil pour piéger les rongeurs. Efficace mais un peu cher, ce système débarrasse définitivement les particuliers des rongeurs.

« Mais je vous le dis franchement, on pourra mettre tous les pièges que l’on veut et faire toutes les opérations de dératisation possibles, ça ne pourra pas marcher tant que le Marseillais n’aura pas compris qu’il y a des horaires (après 19 h, NDLR) à respecter pour déposer ses poubelles », analyse Monique Cordier en charge de la propreté au Conseil de territoire Marseille Provence. Sensibilisée à la question, la conseillère municipale en charge de l’hygiène à Marseille, Monique Daubet parle même d’une ville « 5 étoiles pour les rats ». La faute donc aux particuliers ne respectant pas les horaires de dépôt d’ordures ou les restaurateurs indélicats dans leur gestion des déchets. « C’est toujours nous les responsables », grince le responsable du restaurant Factory à deux pas de la mairie centrale. Aux premières loges pour observer et déplorer le ballet des rats la nuit venue à proximité de son établissement, il note toutefois une évolution sur le pas de sa porte. « Là à gauche vous avez les anciens containers marron où les rats grouillent par dizaines. Là à droite, vous avez de nouveaux containers, plus gros, mais mieux fermés où on les voit moins », constate-t-il.

Élémentaire mon cher, serait tentée de dire Monique Cordier plaidant pour une « révolution » des poubelles. « On s’est condamné à avoir une ville sale quand on a commencé il y a vingt ans à containériser les rues avec ces poubelles marron », rembobine l’élue. Le couvercle très souvent ouvert, le plastique défoncé, elles représentent un terrain de jeu idéal pour les rongeurs fouillant à l’intérieur. « Avec les nouveaux containers plus massifs mais mieux fermés, ce n’est plus le cas », argue l’élue. Reste donc à les implanter. « Pas si simple, répond Monique Cordier. Sur le principe, tout le monde est d’accord mais personne ne veut les avoir chez soi.

Mon premier handicap, c’est les maires de secteur qui sont frileux pour le moment. » Mais le temps presse. La délégation de l’élue dure jusqu’en 2020. D’ici là, elle « espère » la pose de ces nouveaux containers.

Les rats rongent même les câbles de voiture

En matière de berlines, le rat n’a pas de préférence. Luxueuse allemande, confortable française ou sportive italienne, le rongeur ronge là où bon lui semble. Yves Lageat peut en témoigner. Surtout sa Lancia Delta… Sans doute amateur de voiture de collection, un rat a niché un soir d’été dans le capot de sa voiture « et je ne m’en suis même pas aperçu, témoigne encore surpris son propriétaire. J’avais laissé ma voiture garée boulevard Baille pendant une semaine. C’est en allant chez le garagiste pour autre chose que sa présence a été révélée. » Pas simple effectivement au premier coup d’oeil de s’en apercevoir, « mais des poils brûlés et des morceaux de côtelettes se trouvaient au niveau du chauffage. » Pas une grosse réparation en perspective mais l’illustration d’un désagrément en nette augmentation.

Dératiseur de profession, Jacques Attia parle selon les périodes d’une cinquantaine de voitures « sabotées » par mois à Marseille.

Fourchette plus basse pour Frédérick, garagiste dans le 4e arrondissement, estimant à une « vingtaine le nombre de cas par mois selon les saisons ». « On en a davantage à la fin du printemps, explique-t-il en détaillant le machiavélique plan du rongeur. Leur premier objectif est de nicher dans un moteur chaud. Là où il y a de la chaleur, il peut y avoir du rongeur. Il faut ensuite que la voiture soit suffisamment longtemps à l’arrêt pour qu’il s’y sente à l’aise. Comme il grignote et fait son nid, il peut d’abord s’attaquer à la feutrine des capots puis aux câbles des voitures. »

Ragondins, rats et rongeurs de toutes espèces, ils font désormais partie du quotidien des Marseillais. Une présence nuisible et potentiellement dangereuse même si aucun cas de maladies transmises n’a été récemment signalé.

Eh oui car aussi étonnant soit-il, les gainages sont parfois composés d’amidon de maïs. Du pain béni pour le rat pas mécontent de trouver ainsi un garde-manger à proximité. Avec parfois de fâcheuses conséquences à la clé. « Une amie venait d’acheter un Tiguan. Deux mois après, le moteur ne démarrait plus. Toute la partie électrique avait été rongée », nous explique un dératiseur. Et la facture peut être aussi salée qu’un bon repas de rat : comptez 800 € pour le remplacement d’un faisceau électrique.

Pour y remédier, il n’existe pas trente-six solutions. À moins de monter la garde de nuit devant votre voiture, Frédérick le garagiste vous conseille de ne pas laisser votre voiture trop longtemps garée à proximité de containers. Ensuite, achetez un répulsif anti-rongeurs : pour une vingtaine d’euros cela peut éviter que les souris dansent quand le conducteur n’est pas là.

Eric Miguet